Foi & Disposition
Shiva, Kalan et les groupes de temples de My Son
Shiva, le lingam et le kalan de briques : comment fonctionnait un temple cham, et comment déchiffrer les groupes de temples lettrés A à H de My Son en parcourant la vallée sacrée.
Voir les options My Son sur GetYourGuide ↗Une vallée dédiée à Shiva
My Son était avant tout un lieu de culte dédié à Shiva. Parmi les dieux hindous vénérés ici par les Chams, c'était Shiva — destructeur et régénérateur, seigneur des ascètes — qui dominait, honoré sous sa forme locale de Bhadreshvara. Les rois associaient leur propre règne à ce dieu, si bien qu'ériger un temple relevait à la fois de la dévotion et de la légitimité dynastique. Vishnou et Brahma apparaissent également, aux côtés de figures comme Ganesha à tête d'éléphant et Nandi, le taureau monture de Shiva, mais le centre de gravité de la vallée est indéniablement shivaïte. Le savoir transforme la lecture des ruines : ce n'étaient ni des tombeaux ni des palais, mais des sanctuaires, chacun conçu pour abriter une divinité et pénétré par les prêtres et les rois, non par la foule.
Le kalan et le fonctionnement d’un temple cham
La structure centrale du temple cham est le kalan — une haute tour-sanctuaire carrée en brique, dotée d'une unique chambre intérieure obscure qui abritait la divinité ou son symbole. Un kalan se dressait rarement seul. Autour de lui, un groupe de temples pouvait comprendre un gopura (tour-portail), un mandapa (salle où les pèlerins se préparaient), et un kosagrha distinctif, ou « maison du feu », un édifice au toit en forme de bateau ou de selle, censé renfermer les trésors du dieu et son attirail rituel. Les tours s'élèvent en faux étages effilés, chacun étant un écho rétréci de celui du dessous, couronnés d'un sommet symbolique. Une fois que vous savez lire ce vocabulaire, les ruines apparemment aléatoires se résolvent en agencements répétés et intentionnels autour de chaque tour sacrée.
Les groupes désignés par les lettres A à H
Lorsque les chercheurs français de l'École française d'Extrême-Orient ont arpenté My Son au début des années 1900, ils ont regroupé les temples éparpillés en ensembles et les ont désignés par des lettres — A et A', puis de B à H — un système encore en usage aujourd'hui. Ces groupes reflètent globalement les constructions et reconstructions successives au fil des siècles, si bien que passer de l'un à l'autre, c'est un peu remonter le fil de l'histoire cham. Le groupe A abritait autrefois le chef-d'œuvre du site ; les groupes B, C et D forment l'ensemble central dont la plupart des visiteurs se souviennent ; les autres, comme E, F, G et H, sont plus ruinés et se dispersent discrètement dans la vallée. Cette nomenclature est moderne et purement pratique, mais c'est elle qui sert de repère à tous les plans, guides et panneaux sur place.
Groupe B–C–D : le cœur qui a survécu
Si le temps vous est compté, les groupes B, C et D, reliés entre eux au centre, sont ceux où il faut s’attarder — c’est la partie la mieux préservée de My Son et l’endroit le plus simple pour saisir comment un ensemble cham s’articulait. Ici, un kalan principal se dresse encore avec son sanctuaire intérieur, flanqué de sanctuaires plus petits et de longues salles. Le joyau, dit-on souvent, est le B5, un kosagrha dont l’élégante toiture en « barque » courbe compte parmi les plus beaux exemples subsistants de cette forme, avec sa brique richement ornée. Autour de ces édifices, les sculptures qui ornaient jadis les tours — piédestaux, divinités, danseuses — sont exposées là où elles peuvent être protégées. L’ensemble est compact, se parcourt à pied, et regorge de détails.
Le lingam, le yoni et l’eau sacrée
Au cœur d’un sanctuaire shivaïte ne trônait pas une statue anthropomorphe, mais un lingam — une pierre dressée symbolisant la puissance génératrice de Shiva — généralement enchâssé dans un socle yoni représentant la déesse. Les prêtres baignaient le lingam, et l’eau s’écoulait par un bec du yoni pour être recueillie comme bénédiction. Plusieurs piédestaux lingam-yoni sculptés subsistent à My Son, certains encore en place dans leurs tours. Cette abstraction peut surprendre les visiteurs qui s’attendent à des « idoles » de temple, mais elle est essentielle à la manière dont les Chams adoraient Shiva ici. Les nombreuses stèles de pierre, autrefois gravées en sanskrit et en cham, consignaient les dotations et les prières qui perpétuaient ces rituels.
Lire les sculptures
Ce qui rend la décoration de My Son si remarquable, c'est que l'essentiel en est sculpté directement dans la brique, plutôt que dans de la pierre rapportée. En y regardant de près, vous découvrirez des bandes de rinceaux floraux, des visages de gardiens, des danseuses dans la gracieuse posture apsara, des créatures marines makara et des figures divines gravées dans les murs des tours et les pilastres. Le grès était réservé à quelques éléments clés — certains linteaux, piédestaux et sculptures autonomes, dont une grande partie se trouve aujourd'hui dans les musées de Da Nang ou sur le site lui-même. Prendre le temps de déchiffrer ces détails, c'est la différence entre voir de « vieilles ruines de brique » et contempler l'art religieux raffiné d'un royaume prospère et confiant à l'apogée de sa splendeur.
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