← les ruines du sanctuaire de My Son, vestiges des temples chams près de Hoi An, au Vietnam Guide de My Son

GUERRE & SURVIE

Le bombardement de 1969 et ce qui subsiste encore à My Son

Une semaine de bombardements en 1969 a pulvérisé Mỹ Sơn et sa tour emblématique A1. Voici ce qui a été perdu, ce qui a survécu, et pourquoi les cicatrices font partie intégrante de la visite.

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Un site sacré en zone de guerre

À la fin des années 1960, Mỹ Sơn se trouvait en zone contestée pendant la guerre du Vietnam. La vallée dense, ceinte de montagnes, qui avait abrité les temples chams pendant des siècles, offrait aussi un couvert aux combattants, et la région fut le théâtre d'affrontements. C'est ce contexte difficile qui se cache derrière les ruines que vous parcourez aujourd'hui : la plus grande destruction de Mỹ Sơn ne vient pas du lent travail de la jungle et du temps, mais d'un seul épisode catastrophique, récent. Les visiteurs supposent parfois que les tours brisées se sont simplement délabrées. En réalité, le site avait survécu plus d'un millénaire en bon état — puis a perdu une immense partie de son patrimoine en l'espace d'une semaine, à la mémoire des vivants.

La semaine de 1969

En août 1969, la vallée fut soumise à de violents bombardements aériens qui ravagèrent les ensembles de temples, et tout particulièrement le groupe A. Les récits divergent quant aux cibles exactes et à la nature des frappes, mais l’ampleur de la perte ne fait aucun doute : des édifices qui se dressaient depuis les premiers siècles du royaume Champa furent réduits en décombres en quelques jours. Cette destruction figure parmi les plus grandes pertes culturelles de la guerre. Certains témoignages rapportent que les érudits connaissant le site en avaient reconnu l’importance et espéraient qu’il serait épargné — ce qui rend la chute de sa plus belle tour d’autant plus douloureuse à raconter.

Ce qui a été perdu : la tour A1

La plus grande perte fut celle d'A1, le chef-d'œuvre de My Son — un kalan de briques élancé que les historiens de l'art considéraient comme l'une des réalisations suprêmes de l'architecture cham, souvent décrit comme la tour la plus haute et la plus raffinée du site. Elle avait déjà été étudiée et admirée par les savants français, qui y voyaient un monument clé pour comprendre toute la tradition. Le bombardement de 1969 la détruisit. Là où A1 s'élevait autrefois, les visiteurs découvrent aujourd'hui des fondations, des briques effondrées et des fragments, avec une restauration partielle en cours. Les photographies et les dessins réalisés avant la guerre constituent, pour cette tour, l'essentiel de ce qui demeure — et, debout sur place, l'écart entre ce qui survit et ce qui se dressait il y a une génération est impossible à ignorer.

Ce qui a survécu

Tout n'a pas été perdu — et c'est précisément pour cela que la visite vaut encore le détour. Les groupes centraux B, C et D ont bien mieux traversé les siècles que le groupe A et demeurent la partie la mieux préservée et la plus captivante du site, notamment le célèbre « grenier » B5 à la toiture incurvée. Ailleurs, des tours isolées, des piédestaux sculptés et des fragments ornementaux jalonnent encore la vallée. Une grande partie de la statuaire mobile avait par ailleurs été transférée dans des musées dès les décennies précédentes — en particulier la remarquable collection aujourd'hui conservée à Da Nang —, ce qui explique en partie la survie de l'art cham. Ce que vous découvrez aujourd'hui est un échantillon authentique, bien qu'éprouvé, de ce que My Son fut autrefois.

Cratères, vestiges d’obus et ruines authentiques

Mon fils ne dissimule pas ses blessures. Les cratères de bombes creusent encore le fond de la vallée, et les munitions non explosées dans les zones non déminées au-delà des sentiers constituent une raison réelle et permanente de rester sur les chemins balisés — la signalisation sur place le précise clairement. Certaines visites signalent les vestiges de guerre parmi les ruines. Loin de diminuer la visite, cette honnêteté lui donne du poids : Mon fils se présente tel qu'il est, un lieu sacré qui fut aussi un champ de bataille, ni entièrement restauré, ni embelli. Pour de nombreux visiteurs, ce mélange de dévotion ancienne et de violence récente, réuni dans une vallée paisible, est précisément ce qui rend l'endroit inoubliable.

Secours et reconnaissance

Après la guerre, My Son a été peu à peu dégagé, étudié et stabilisé, avec une implication internationale au fil des décennies suivantes — le conservateur polonais Kazimierz Kwiatkowski est souvent crédité d’un travail de restauration pionnier ici et ailleurs au centre du Vietnam. En 1999, l’UNESCO a inscrit My Son au patrimoine mondial, reconnaissant le site comme le monument le plus remarquable de la civilisation cham et un exemple exceptionnel d’échanges culturels entre l’Inde et l’Asie du Sud-Est. La conservation se poursuit, lente et minutieuse, sur des briques dont les techniques d’origine restent encore mal comprises. Le site que vous visitez est ainsi à la fois une ruine antique et un acte de sauvetage toujours en cours.

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