UN ART PERDU
Le mystère de la maçonnerie en briques de Cham à My Son
Les Chams ont sculpté l’ornement dans la brique cuite et assemblé leurs tours avec presque aucun mortier visible. Mille ans plus tard, personne ne peut expliquer entièrement comment.
Voir les options My Son sur GetYourGuide ↗Taillée dans la brique, et non dans la pierre
La première chose à comprendre à propos de l'architecture cham, c'est que l'ornement est taillé directement dans la brique. Dans de nombreux temples indiens et khmers, le décor est sculpté dans la pierre et apposé sur des murs plus sobres ; à My Son, les Chams ont cuit leurs briques, élevé les tours, puis sculpté danseurs, feuillages et divinités directement dans la surface de brique assemblée. Le grès n'était utilisé qu'avec parcimonie, pour quelques linteaux et piédestaux. Tailler net dans une brique dure cuite, sans que la surface ne s'effrite, est un exercice réellement difficile — et pourtant les Chams l'ont fait à grande échelle et avec un très haut niveau de maîtrise. Ce seul choix définit le caractère de My Son et distingue l'architecture cham de celle de ses voisins.
Des murs sans mortier visible
Examinez de près un mur cham parfaitement conservé et vous aurez du mal à repérer les joints de mortier. Les briques s’emboîtent si étroitement, avec des interstices si fins, que le mur se lit presque comme un bloc unique — par endroits, on dit qu’il est difficile d’y glisser la lame d’un couteau. Comment les Chams sont parvenus à une telle liaison, fine et durable, reste l’une des énigmes persistantes de l’archéologie d’Asie du Sud-Est. Un mortier de chaux ordinaire laisserait des joints visibles et vieillit différemment de la brique ; ici, les jonctions sont quasi invisibles et ont tenu, sous un climat tropical humide, pendant plus de mille ans. Cela ressemble moins à de la maçonnerie qu’à la croissance d’un objet de brique d’un seul tenant.
Les théories : résine, pâte de brique et cuisson
Les chercheurs ont proposé plusieurs explications, sans qu’aucune ne fasse l’unanimité. Une théorie largement citée veut que les Chams aient utilisé un adhésif végétal — résine ou huile d’arbres locaux comme le dầu rái — peut-être mélangé à de la poudre de brique, formant un liant qui durcissait pour se rapprocher de la brique elle-même. Une autre avance que les tours furent édifiées en briques partiellement séchées, puis cuites d’un seul bloc, cuisant ainsi la structure en une pièce monolithique. Une troisième évoque un coulis extrêmement fin d’argile et de poussière de brique servant de « mortier ». Les analyses modernes penchent plutôt pour une liaison à base de résine et d’argile, mais les tentatives de reproduction intégrale des murs chams n’ont abouti qu’à des succès partiels au mieux — d’où le statut d’hypothèses concurrentes, et non de certitudes établies.
Pourquoi ce n’est toujours pas réglé
Une partie de la difficulté tient au fait que les Chams n'ont laissé aucun manuel — les inscriptions évoquent rois et dieux, jamais les méthodes de construction. Une autre partie tient à ce que My Son a durement souffert : la guerre et le climat tropical ont détruit une grande partie des preuves, et certaines restaurations du XXe siècle ont utilisé du ciment moderne qui a mal vieilli, bien pire que la brique d'origine, brouillant les pistes. Tester les matériaux d'origine est limité par la nécessité de les préserver. Les restaurateurs travaillent donc à rebours, à partir des murs subsistants, de la chimie et de l'expérimentation, réduisant les possibilités sans jamais clore le dossier. Il vaut la peine d'être honnête à ce sujet lors d'une visite : le fameux « secret perdu de la brique cham », si affirmatif soit-il, est réel en ce sens que personne ne peut encore le reproduire pleinement.
Ce que cela signifie pour la conservation
Le mystère n’est pas seulement romantique — il rend la restauration véritablement difficile. Les réparations effectuées avec des briques et du ciment modernes ressortent, vieillissent différemment, et peuvent même endommager la matière d’origine, comme l’ont montré certaines interventions antérieures. La conservation récente s’est donc efforcée de retrouver les méthodes traditionnelles : cuire des briques assorties aux anciennes et rechercher des techniques de liaison plus proches des originaux cham. Les progrès sont lents et l’on procède encore beaucoup par essais et erreurs. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines parties du site sont clôturées ou échafaudées, et pourquoi les tours qui subsistent sont traitées avec tant de soin. Voir les restaurateurs aux prises avec une technique millénaire fait, en soi, partie de l’histoire de My Son.
Comment le découvrir par vous-même
Nul besoin d'être spécialiste pour apprécier le savoir-faire. Approchez-vous, là où le chemin le permet, d'un mur bien conservé du groupe B–C–D et observez les joints presque invisibles et l'ornement taillé directement dans la brique — les bandes florales nettes, les visages, les danseurs. Comparez un original cham à une réparation moderne visiblement récente à proximité : la différence de couleur, d'ajustement et de finition saute aux yeux. La lumière du petit matin balaie la brique en biais et fait ressortir la sculpture en relief, une raison de plus pour laquelle la visite à l'aube vaut le détour. Armez-vous d'un peu de patience et vous comprendrez pourquoi cette humble brique rouge fait débat chez les chercheurs depuis plus d'un siècle.
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